claas entete AJAP 2014

AJAP 2014

« La maison individuelle reste la commande la plus facile à obtenir mais peut-être la plus difficile à aboutir »

S’il confère à son métier un rôle de service public, Boris Nauleau n’en définit pas moins l’architecture comme une science inexacte. Il l’explique à travers l’importance qu’il accorde au dialogue et à l’installation d’un processus de conception axé sur la recherche d’une économie de moyens. Pragmatique et soucieux de se confronter au réel, il conçoit des bâtiments « non finis » en y introduisant une notion de temporalité. C’est à partir du programme de la maison individuelle – avec lequel il accède à ses premières commandes – qu’il développe une méthode qui condense sa pratique du projet. En tant que prototype expérimental complexe, la maison devient pour lui une question sociétale de fond, un enjeu pour proposer un nouveau modèle d’habiter. Sans naïveté aucune, il souligne la bizarrerie de sa profession qui consiste à dépenser l’argent pour les autres et la nécessité d’établir une relation de confiance avec des clients plein d’affect.c’est basique mais c’est là que tout se joue : identifier les besoins stratégiques et le juste prix. Il y a, d’une part, la programmation et sa retranscription et, d’autre part, la manière de construire le projet, savoir faire la différence entre les postes génériques et ceux qui méritent d’être approfondis. Jusqu’au dernier moment, il repousse toute présentation d’éléments visuels, privilégie l’implication de la maîtrise d’ouvrage et des artisans dans une dynamique de projet plutôt que dans la projection d’un résultat à priori. Dans ce sens, il revendique le statut d’ »architecte-hacker » car à chaque phase du processus, il prend et réassemble des données, débat et se nourrit des autres. Une manière de faire et d’aller vers le dépouillement qui s’accompagne d’une logique de démembrement et de la mise en place d’espaces tampons. Si elles est étroitement liée à l’emploi de matériaux industriels -lointain écho à Lacaton & Vassal – l’expression apparente de la structure permet surtout de donner corps à des volumes potentiellement évolutifs dans le temps. Elle est l’affirmation d’une croyance dans la capacité des habitants à parachever la conception mais aussi l’occupation d’un ouvrage dont ils ont été les premiers acteurs. En parallèle de son activité d’enseignant à l’école de Nantes, Boris partage aujourd’hui ses locaux avec les architectes Fabienne Legros et Michel Bazantay auxquels il s’associe ponctuellement. Plusieurs opérations de logements sont en cours – dont de l’habitat participatif – ce qui , à n’en pas douter, augure de riches discussions.

Alice Bialestowski

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